Souad, surdouée aux multiples facettes !

Souad est une jeune femme douce et sensible. Dans cet entretien, elle nous explique le sens symbolique qu’elle donne à son travail et comment l’art peut-être le vecteur de la construction de soi.

Créer et inventer participent au progrès et à l’évolution. Merci pour ce précieux entretien Souad.

D’où vient ta passion pour la mosaïque Souad ?

Je suis une passionnée d’art, dans son intégralité ! Du paysagisme à l’architecture !
La Mosaïque n’a jamais été pour moi un but en soi. J`ai commencé à en faire par simple curiosité, il y a un an environ, suite à un voyage en Roumanie où j`ai rencontré un peintre des plus généreux.
N’étant pas très douée en peinture, il m’a fait partager sa passion et m’a donné envie de partager mon imagination.
Il restait un peu de matériel qui traînait car mon petit copain en faisait et je suis allée vers la mosaïque quasi instinctivement.
Pour créer une mosaïque, j’utilise le carrelage. Le matériel est plus compliqué à manipuler mais cela me plaît d’atteindre le même objectif que mes voisins avec différents matériaux.

Les petits fragments d’émail, de pierre etc. s’assemblent au gré de ton esprit pour raconter une histoire ? Faire passer une émotion ou rendre une figure belle et esthétique ?

J’utilise souvent des miroirs comme fond de travail.
Je suis fascinée par le miroir depuis toute petite.
L’effet miroir qui exprime : « tu me ressembles, je t’aime ! ».

Nous sommes une famille de huit enfants et ma mère a eu sept frères et sœurs.
J’observe la fratrie et surprend souvent l’un, voulant ressembler à l’autre pour s’identifier.
Me concernant, j`aime me retrouver dans les yeux d’un animal.
Ma mère et moi nous ressemblons comme deux gouttes d`eau ! Et souvent, je l’ai entendu dire : « n’est-elle pas moi en plus petite ? ».
Les autres sont bien sûr stupéfaits par cette ressemblance !
Ma mère est une belle femme, je n’ai donc pas à me plaindre. Malgré cela, j’ai toujours été très mal à l’aise. Alors en grandissant, j`ai mis des limites à ces remarques sur notre ressemblance.
Et aujourd`hui je passe pour la fille la plus révoltée de notre famille !

Une petite anecdote : j`habite le rez de chaussée d’un immeuble et je laisse souvent la fenêtre ouverte. Cette rue est très passante et presque 70% des personnes regardent à l’intérieur de chez moi. Bon, ça va un moment, mais ça me monte vite à la tête !
J’avais un miroir d’une taille assez massive mais pas suffisamment beau pour être volé. Je l’ai mis devant ma fenêtre et dorénavant, si les passants veulent se mêler de mon jardin privé ils ne verront que le leur !

Quel serait la plus grande mosaïque de tes rêves ?

Celle de mes deux petites Amours de chats ou une reproduction de nature.

J’ai remarqué beaucoup de soleil et de lumière dans tes créations. Certaines me font penser aux vitraux. D’où vient cette énergie lumineuse ?

Dieu a une place importante dans ma vie. Quand j’étais enfant je croyais qu’il pouvait m’entendre lorsque je parlais. Alors, il est devenu mon ami imaginaire. Je trouve rassurant et flatteur que vous perceviez ces lumières dans mes créations car je suis encore cet enfant qui croit qu’il n’est jamais loin.

A tous nos amis surdoués qui assemblent des morceaux de vie plus ou moins joyeux. Que leur faut-il, de ton regard de mosaïste, pour rendre l’ensemble cohérent ?

D’un point de vue personnel et du regard de mosaïste que je suis, je dirais que recoller les morceaux donne aussi un résultat. N’ayez pas peur de  corriger le passé dans le cadre du possible. Et je leur dis : « Restez vous-même, il n’y a pas plus beau reflet que celui-ci ».

Maintenant, je vous laisse découvrir les magnifiques mosaïques de Souad. 

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Une petite histoire des contes Zen pour finir

Le miroir magique

Iriku avait beaucoup aimé son père. Aujourd’hui, le vieillard avait rejoint les ancêtres. Souvent, quand il tressait un panier de bambou, Iriku songeait : « Si mon épouse n’avait eu tant d’aversion pour mon honorable père, il aurait été plus heureux dans ses vieux jours. Je n’aurais pas hésité à lui manifester mon affection, mon respect filial. Nous aurions eu de longues et douces conversations. Il m’aurait entretenu des gens et des choses du passé … » Et une mélancolie le prenait.

Un jour de marché, Iriku le vannier écoula son lot de paniers plus rapidement qu’à l’ordinaire. Il se promenait un peu désoeuvré parmi les éventaires, quand il remarqua un marchand chinois, qui offrait souvent des objets étranges :
« Approche, Iriku, dit le marchand, j’ai là quelque chose d’extraordinaire. »
Et, avec un air de mystère,il retira d’un coffre un objet rond et plat recouvert d’une étoffe de soie. Il le plaça entre les mains d’Iriku, et avec précaution, il fit glisser l’étoffe. Iriku se pencha sur une surface polie et brillante. Il reconnut l’image de son père, tel qu’il avait été au temps de sa jeunesse. Bouleversé, il s’écria : « Cet objet est magique ! »
– Oui, dit le marchand et sa valeur est grande !
Mais la fièvre avait saisi Iriku : « Je t’offre tout ce que je possède, dit-il. Je veux ce  »miroir magique » et emporter chez moi l’image de mon père bien-aimé. »
Après un long palabre, Iriku abandonna au marchand toute sa recette de la matinée.

Dès qu’il fut rentré chez lui, Iriku alla dans son grenier et cacha l’image de son père dans un coffre. Les jours suivants, il s’éclipsait, montait au grenier, retirait le  »miroir magique » du coffre; il demeurait de longs instants à contempler l’image vénérée et il était heureux.
Sa femme ne tarda pas à remarquer son étrange conduite. Un après-midi, alors qu’il abandonnait un panier à moitié tressé, elle le suivit. Elle le vit monter au grenier, fouiller dans un coffre, en extraire un objet inconnu, le regarder longuement en affichant un air mystérieux de plaisir. Il recouvrit ensuite l’objet d’une étoffe et le rangea avec des gestes amoureux. Intriguée, elle attendit son départ, fit glisser l’étoffe de soie, regarda et vit : « Une femme ! »
Furieuse, elle descendit et apostropha son mari : « Ainsi, tu me trompes en allant contempler une femme dix fois par jour dans le grenier ! »
Mais non ! fit Iriku, je n’ai pas voulu t’en parler parce que tu n’appréciais guère mon père, mais c’est lui que je vais voir, et cela apaise mon coeur.
– Misérable menteur ! Vociféra la femme. J’ai vu ce que j’ai vu ! C’est une femme que tu as cachée au grenier !
– Je t’assure …

La dispute s’envenimait, devenait infernale, lorsqu’une nonne mendiante se présenta à la porte. Le couple réclama son arbitrage. La nonne monta au grenier, revint et elle dit:
« C’est une nonne ! ».

« Tout le malheur des hommes vient de ce qu`ils ne vivent pas dans le monde, mais dans leur monde »

Heraclite.

Propos recueillis par Stéphanie Del

Stéphanie Célia R. : une surdouée dont l’amour est le pouvoir !

Stéphanie est une coquine ! Elle a dérobé à mon insu quelques questions des portraits précédents. Belle idée Stéphanie ! Nos lecteurs pourront comparer les réponses.
Après cette soif de liberté bien méritée, je vous laisse découvrir le portrait de Stéphanie : une jeune femme pleine de talent.

Peux-tu me parler un peu de toi Stéphanie ?

Je suis infographiste, parisienne, et j’ai 36 ans. J’ai appris ma douance il y a 3 ans. C’était une (re)naissance, je suis donc presque nouveau-né !
J’ai toujours dessiné, dès mon plus jeune âge. Un « don », comme on dit. Mais très vite l’écriture m’a obsédé : je voulais devenir écrivain. J’écrivais des comics que je dessinais, des poèmes humoristiques narrant nos aventures à ma soeur et moi-même…
Je réécrivais les scénarii de mes séries animées préférées, je m’y invitais en héroïne amoureuse de mes héros. Je vivais sur le papier mes fantasmes de petite fille.
J’ai toujours attendu la trentaine avec enthousiasme, c’était sans doute prémonitoire. Je vois du symbolique un peu partout, c’est plus fort que moi !
Je suis une artiste touche à tout : j’ai chanté en semi-pro, fais du théâtre, je peins et sculpte, et si je le pouvais, je ne ferais que ça. Créer, créer, créer. C’est ce qui me rend vivante. Me ramène à l’essentiel, panse mes plaies et m’aide à prendre du recul…

Espoir ou Sookie rêvant à Bill le vampire :
Dessin au crayon, encrage puis scan et mise en couleur avec photoshop.
C’est le dernier que j’ai réalisé. J’étais malade, cloitrée chez moi, je ne pouvais que lire ou dessiner… Après avoir lu TrueBlood, j’ai eu envie de dessiner les personnages du roman qui m’inspiraient… Ici, Sookie l’héroïne qui se sèche les cheveux en pensant à Bill le Vampire, son amoureux.
Hors du cadre du roman, je trouve qu’elle est lumineuse, et pleine d’espoir, elle pense à la journée qui l’attend et elle est plutôt positive.

Quelles étaient tes impressions sur le monde lorsque tu étais enfant ?

J’avais l’impression que les adultes ne prenaient que de mauvaises décisions ! J’entendais leurs problèmes, je trouvais que les solutions étaient évidentes, rapides et simples ; ils agissaient souvent à l’inverse. J’avais hâte d’être plus âgée sans doute aussi pour cette raison : je pourrais faire mes propres choix !
Mais j’étais surtout une petite fille rêveuse qui s’imaginait en princesse à la moindre occasion ; je transformais les évènements de ma vie en conte, tout m’émerveillait. J’adorais flâner dans la campagne, je passais des heures dans la forêt à côté de chez mes parents, je me racontais des histoires. La contemplation des choses du monde suffisait à me rendre heureuse, je trouvais que la vie avait quelque chose de magique…

Astro : Cancer, Poissons, Verseau, Vierge et Lion : Dessin au crayon, encrage puis scan et mise en couleur avec photoshop. J’aime bien l’astrologie même si je n’y crois pas réellement. Moi, je suis avant tout surdouée, Poissons ascendant Lion, c’est pour faire joli ! Mais ça donne des idées, on peut y lier un caractère, des couleurs, des attitudes, et ça, pour la création de personnages, c’est génial ! J’ai mis mes préférées.

Quels sont les côtés positifs de ta douance ?

De façon générale, mon imagination est le plus beau cadeau de cette douance.
Au quotidien, ma foi, je crois que c’est une immense générosité et des élans d’amour pour les gens. J’aime les gens pleinement et sans retenue. Je pense d’ailleurs utiliser cette générosité pour aider davantage mon prochain, en faire peut-être un métier. Ca donnerait un sens à ce qui je suis, et à mon histoire aussi.
Je dois cependant avouer que je suis encore sous le coup de la nouvelle. L’apprendre a expliqué tant de choses. Le décalage avec mes contemporains, cette sensibilité parfois handicapante, ça a été la réponse à tant de questions, de malaises, d’incompréhensions. Ça m’a apporté une colonne vertébrale. Depuis, je (re)construis ma vie en fonction, et ça n’a plus rien à voir. Je suis moins dure avec moi-même et donc plus libre. J’aime mieux, et je communique aussi davantage. Je me laisse aller à être moi-même.

Star Wars :
Travail à la mine de plomb.
En bonne geek que je suis, j’adore StarWars ; alors forcément, je me suis créée une héroïne qui évolue dans cet univers. Là, elle est pensive, elle est amoureuse. De temps en temps, les temps sombres où son monde est plongé, elle se laisse aller à rêver…

Quelle autre vision du monde peut apporter une personne surdouée par le biais de l’art, à ton avis ?

L’art transcende toutes les émotions à mon avis. C’est la part de rêve auquel tout le monde a droit. En chaque peinture, dessins, sculpture, musique, film, etc., chacun a la liberté d’y voir ce qu’il veut ; en faisant appel à son univers personnel de sensations, d’émotions, de spiritualité même. Et c’est l’artiste qui offre ce pont vers ce monde intérieur, tel un guide.
C’est pourquoi toute composition a son public. Quelque soit l’oeuvre, il se trouvera toujours quelqu’un pour vibrer.
J’ai le sentiment que beaucoup d’artistes sont surdoués – mais c’est peut-être parce que j’ai l’impression d’en voir partout ! J’aime lire les biographies de ceux que j’admire. Ainsi, Hemingway, Rimbaud, Lynch, Schiele ou encore Warhol m’ont semblé proches dans leurs démarches artistiques et leur rapport au monde. Mais est-ce vraiment important ? L’important c’est qu’ils aient tous apporté une vraie vision personnelle du monde, offerts d’autres alternatives au quotidien.

Regardes-tu encore le monde avec tes yeux d’enfant ?

Ma grande naïveté et ma jeunesse d’esprit me font dire que oui… Je vois encore ma vie comme une aventure romanesque.

C koi l’Amour ? : Dessin au crayon, encrage puis scan et mise en couleur avec photoshop. J’ai développé quelques illustrations sur ce thème, et j’y reviens dès que j’en ai envie… C’est un thème infiniment dense. Je me sers de publicité ou de photos de mode que je trouve intéressantes à exploiter dans la composition.

Quels sont les messages que tu souhaites faire passer par la peinture et par l’écriture ?

La beauté et la magie sont partout, ouvrez les yeux !
Par l’écriture, j’aime parler de quête, de vies en mouvement, qui évoluent et apprennent. C’est ce que je préfère raconter et pousser la psychologie des personnages. Mais je n’aime pas trop les happy ends étrangement… Souvent, à la fin, mon héros – souvent une héroïne d’ailleurs – plus mûr, sait que de nouveaux obstacles surviendront. Que sa vie ne sera jamais un long fleuve tranquille. Parce qu’il a un destin superbe et funeste à la fois. Il doit l’accepter.
L’art pictural est davantage une façon de m’exprimer pour exorciser mes démons. C’est sans doute pour cette raison que j’ai toujours eu du mal à exposer. Sur chaque peinture ou illustration, il y a un souvenir, une époque de ma vie, des sensations, des douleurs, des joies, des questions, parfois mêmes des odeurs…
De temps en temps cependant, certaines créations me semblent moins sombres et reflètent une harmonie de couleur ou de composition qui mérite d’être partagées ; parce qu’elles sont lumineuses ou évoquent une situation positive, une quête qui suscite l’espoir.

Portrait_Vampire_01

Vampire :
Travail à la mine de plomb.
J’adore les vampires… Le fantastique, depuis toujours. J’ai sous le coude une tripotée de nouvelles sur le sujet et le roman de ma vie aussi… Peut-être qu’un jour je le laisserai « vivre », être lu par d’autres, comme on laisse un enfant quitter la maison et faire sa vie.

Et si l’adulte douancé était un guide pour l’autre ?! Quel(s) héritage(s) pourrait-il laisser ?

Je crois sincèrement que l’adulte surdoué peut être un guide. A condition qu’il ait trouvé son équilibre bien sûr. Quant à l’héritage qu’il pourrait léguer, je dirais L’Amour. Un amour inconditionnel, serein et sain. De ceux qui font grandir. Cette capacité à aimer de manière inconditionnel, lorsque l’on est en confiance, c’est en partie ce qui nous rend hors norme. Personnellement, on m’a tellement dit « aime moins, tu aimes trop ». Et si c’était cette façon-là d’aimer qui était la bonne ?

Dans ce monde sans empathie pour son prochain, l’adulte surdoué pourrait montrer la voie. Montrer que l’on peut vivre autrement. Economiquement aussi : changer le système actuel, proposer une alternative, plus soucieuse des plus démunis.
C’est complètement utopique, sans doute, mais j’y crois, il suffit de commencer. Autour de nous, dans le quotidien. Rien qu’un sourire ou deux mots échangés. Ca ne change pas une vie, mais ça peut embellir une journée.

triptyque_1

Les fusains : Fusain et craie blanche.

C’est plus sombre, forcément, mais le sujet aussi. Ca tourne autour de la magie, du mystère, de sabbats. C’est ma théorie des sorcières, avec des chats inquiétants, des chevaux fous…

Et si il ne te restait qu’un seul mot à partager avec le monde, tu choisirais lequel et pourquoi ?

Bienveillance. Pour soi et pour autrui.
Et puis « Continuer ». A aimer, vivre, prendre des claques, et recommencer. La vie mérite d’être vécue.

FanArt_ChunLi

Chun Li :
Dessin au crayon, encrage puis scan et mise en couleur avec photoshop.
C’est un de mes personnages de jeu vidéo préféré : dans un monde d’homme elle se bat et n’est pas à sous-estimer. Tout l’esprit de mes héroïnes ! Sur cette illustration, elle se sert de son Chi pour se battre. Je trouve qu’elle est forte et gracieuse en même temps… C’est ce que je voulais montrer : la force, le courage, la virilité même, ne sont pas les apanages du masculin ; sans perdre de son essence féminine, c’est une guerrière indépendante.

Bravo Stéphanie ! Toute l’équipe est admirative et fière de toi ! Un grand merci pour ta confiance !